Le cours de l’action Ferrari a chuté brutalement à la suite de la présentation officielle de la Ferrari Luce, la toute première supercar électrique de la marque au cheval cabré. Ce lancement historique, qui s’est déroulé lors d’un événement spectaculaire à Rome, a suscité des réactions particulièrement mitigées de la part des investisseurs, des experts du secteur automobile et des puristes. Ce désamour immédiat des marchés financiers met en lumière les défis colossaux auxquels fait face le constructeur italien dans sa transition vers l’électrification.
Effondrement boursier : Les marchés sanctionnent le virage électrique
L’accueil glacial réservé à ce nouveau modèle s’est immédiatement traduit dans les indices financiers. À la clôture de la séance à Milan, l’action Ferrari a enregistré une baisse significative de 8,4 %. Le mouvement de panique s’est étendu outre-Atlantique : le titre coté à la Bourse de New York (NYSE) reculait de 5,1 % à 15h50 GMT le 26 mai.
Pour les analystes financiers, cette baisse reflète une crise de confiance quant à la capacité de la marque à préserver ses marges et son image exclusive sur le marché ultra-concurrentiel des véhicules électriques haut de gamme.
Le design de la Ferrari Luce sous le feu des critiques
Au-delà des performances financières, c’est l’esthétique et l’identité même de la voiture qui enflamment les débats. Conçue en collaboration avec le célèbre designer Jony Ive (ancien pilier d’Apple) et son studio LoveFrom, la Ferrari Luce est une berline quatre portes et cinq places. Un positionnement qui rompt radicalement avec les silhouettes traditionnelles de la firme de Maranello.
Un désaveu politique et historique en Italie
Les réactions négatives n’ont pas tardé à venir des plus hautes sphères italiennes. Matteo Salvini, vice-Président du Conseil et ministre des Transports, a partagé son scepticisme sur le réseau social X :
Elle ne ressemble absolument pas à une Ferrari. Est-ce cela que vous appelez innovation ? Je me demande ce qu’Enzo Ferrari dirait s’il était encore parmi nous.
Plus incisif encore, Luca Cordero di Montezemolo, figure emblématique qui a dirigé Ferrari pendant plus de vingt ans, a qualifié ce modèle de véritable « trahison » de l’histoire de la marque, allant jusqu’à déclarer qu’il espérait voir le logo du cheval cabré retiré de la carrosserie.
Un « bad buzz » massif sur les réseaux sociaux
Sur le web, l’accueil populaire s’est avéré encore plus sévère que lors du lancement de l’hypercar Ferrari F80 en 2024. En l’espace de 24 heures, la première publication officielle sur Facebook a généré près de 23 000 interactions, dont une majorité de réactions moqueuses (« Haha »).
Les internautes ont multiplié les comparaisons acerbes, assimilant le profil aérodynamique de la Luce à la Magic Mouse d’Apple ou au concept controversé Jaguar Type 00. De nombreux commentaires d’amateurs de voitures de sport ont ironisé sur le fait que, sans son badge, la berline ressemblait à s’y méprendre à un véhicule électrique de fabrication chinoise.
Stratégie commerciale : Conquérir la Silicon Valley et la Chine
Malgré la tempête, la direction de Ferrari maintient son cap stratégique. Affichée à un prix de départ de 550 000 € (environ 640 000 $), la Ferrari Luce ambitionne de séduire une nouvelle génération de clients fortunés.
Cibler les entrepreneurs de la Tech
Le constructeur cherche à séduire les jeunes entrepreneurs de la Silicon Valley et les amateurs de nouvelles technologies, quitte à s’éloigner temporairement des collectionneurs traditionnels. Pour appuyer ce lancement institutionnel, le véhicule a notamment été présenté au président italien Sergio Mattarella ainsi qu’au pape.
Cap sur le marché asiatique
Le constructeur mise également sur le marché de l’automobile en Chine, où la demande pour les voitures de luxe électriques reste forte. Les premières livraisons de la Ferrari Luce sont attendues pour le quatrième trimestre 2026.
Quel avenir pour les supercars électriques de luxe ?
L’enjeu pour le groupe automobile est de taille : réussir à monétiser l’innovation technologique sans perdre l’ADN qui fait sa rareté. Comme le souligne Fabio Caldato, gestionnaire de portefeuille chez AcomeA SGR :
Ferrari est sanctionnée pour une déception esthétique, suite aux importantes préoccupations suscitées par son expansion vers les modèles électriques.
La grande interrogation reste de savoir si les clients ultra-riches, habitués à dépenser des fortunes dans l’horlogerie mécanique traditionnelle, accepteront de débourser plus d’un demi-million d’euros pour une voiture électrique, souvent perçue comme un produit technologique « sans âme » et sujet à une obsolescence rapide.
Signe d’une prudence grandissante face à la volatilité de ce segment, Ferrari aurait déjà reporté le lancement de son second modèle 100 % électrique à l’horizon 2028.
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